Partager l'article ! Des flammes à la dérive: [août 2010] Elle est arrivée ainsi. Fourbue, désemparée, affreusement inutile. Ailée? ...
[août 2010]
Elle est arrivée ainsi. Fourbue, désemparée, affreusement inutile. Ailée? Une liberté qui vous lie par la poitrine. Qui fend en deux quiconque essaie de s'échapper de ses bras creux.
A quoi bon, tout celà n'était qu'illusion, charme tenu par de maigres fils sans force et rongés par les rats.
On avait laissé pourrir le matériel trop longtemps sous les combles. Les couleurs autrefois vives des cerceaux avaient viré au blanc pâle, déteintes, par tâches. Par quelque imagination on aurait pu encore voir toutes ces réalités passées. Le tissu des marionettes s'effilochait. Et certaines étaient trouées par le centre, leurs boyaux de coton et de laine s'épanchant sur le plancher avec la plus désagréable des lassitudes.
Elles souriaient, ces demoiselles de bois, bien que leur bouche, leur visage, s'écaillaient. Leur vie coulait de leurs yeux peints, se répendait comme des larmes sur leurs joues brunes.
Leurs doigts osseux sans force paraissaient reculer devant leur volonter. Elles imploraient, suppliaient de les remettre en position verticale. La plupart avait perdu les jambes en se heurtant trop violemment au sol de leur haute prison, lors de la chute. Les crochets, là haut, les narguaient de leur oeil lourd.
La marche aurait été difficile... Mais elles semblaient ne pas voir les regards de maigre pitié qu'elles s'enfonçaient dans le corps les unes les autres. Ne pas même se voir entre elles.
Chacune était seule, unique pierre vétuste. Perdue percutant le pavé.
Sans plume.
Le cirque avait terminé. Elles resteraient là encore quelques temps.