Partager l'article ! Billet funèbre: [30.08.2010] Aperçue entre les frênes, elle releva la tête d'un brin moqueur. Songeant couvrir les ...
[30.08.2010]
Aperçue entre les frênes, elle releva la tête d'un brin moqueur. Songeant couvrir les cieux. Un sourire comme un accueil vers le couchant. Pour lui elle serait une dernière destination, une alcôve, la passerelle puis la large entrée sur un gouffre de plénitude.
Mince éloquence, son pas la porta loin. Un infime sourire suffisait amplement.
Hurle les vents
Hurle le feuillage qui ébouriffe le temps et l'écorche d'une rare pureté
Hurle l'écume qui te monte à la gorge
Et sache que de là-bas je ne bois que ton reflet. Je n'admire que ton ombre. La vitre cloaque ne laisse passer qu'un pâle agencement de ton être. Je ne t'ai pas connu.
Livre à l'abîme ta qualité d'être fier. Ta noirceur infinie qui pousse à l'infamie. Bête agressive et dont l'ardeur étrange effraie encore certains passants. Tu jouas contre moi un parfum de velours. Carmin à la racine. Et seule cette danse m'appartient encore, celle qui nous défit tour à tour à tes pieds. Ecorcheuse assoiffée, voilà ce que je fut.
Un alentour sans faille. Un monde plein. Monstre à la cavité buccale affamée s'étant gavé incessamment. Sans reprendre haleine. Ingurgitation vaste. Une digestion sans conteste. Lente et avide de souffre. La crinière fourbue par les siècles, il continue de s'emplir d'aveux et de chairs dépréciées par les vides. Aux gouffres abyssaux où se jettent sans foi la plupart des rêves, la chair humaine n'a pas accès. Elle est sujette au repentir. Elle se fera mâcher sans lutte et devra supporter la langueur d'une souffrance absurde.
Jette sur moi le voile déraisonnable du grand mont. J'irai, moi, gravir mon corps par les caillasses à m'en fendre les os. Gravir la masse inconcevable des corps délaissés, mordus par les dents rondes d'un monde sans réalité. Mastiqués lâchement par les siècles, et rendus ainsi à la vie de ceux qui les suivaient.
Il nous échoue un âge amorphe, d'une fadeur détestable.
Courir à s'en défaire les jambes et hurler sauvagement, les mains en porte voix. Et ainsi m'entendrais-je? Je hurle le sang des porcs que la dissection sans merci amène sur nos grèves. Je scie sans frémir les douleurs gardées si secrètes, des décennies durant, par les bouleaux bruissant de l'un à l'autre.
J'admire la fougue de la vague tentant insensée de fendre les rochers qui la maintiennent. Renfermée en cette enveloppe détestable, avilie dans un carcan de bois brut, l'infinie temporalité s'est vue pressée en un corps aux limites éprouvantes. Elle souffre de cet enserrement qu'elle ne comprend pas.
Salauds qui m'ont volé mon ouvrage.
Combattants des durées, je vous souhaite de tomber vivement lors des campagnes de jeûne. Pour laisser sa place à l'immense.
Gardienne des troupeaux. Criante de détresse mêlée de fureur, ses coups frappés rageurs n'en seront que plus funestes. Osez vous écrouler à ses pieds et lui tendre le collier de lumière qui vous aviez frappé au burin. Osez présenter vos excuses pour la chasse qu'avaient organisé ceux qui vous précédaient.
Et offrez lui vos corps, pour la dernière fois. Un festin d'outre-tombe pour la reine des gloires.
Ou elle attendra patiemment que l'aiguille se retourne et régurgite scrupuleusement chaque instant de vie. La fin d'un immonde remplissage drainé puissamment par les flots. La souffrance amante du temps.