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Ambiance proposée

souvenir d'enfance
.

Les articles sont classés du plus récent au plus ancien.

Tous les textes et toutes les illustrations, qu'il s'agisse de dessins ou de photos, sont de ma main. Si exception, elle sera signifiée.


  Ziell

Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /Avr /2009 12:17
   Je n'en peux plus. Je ne veux plus de cette vie. Je deviens agressive. Ou peut-être que je l'ai toujours été. Je n'en sais rien. Et aucune envie de savoir. Envie d'exploser. Pourtant non. J'implose lentement et indisciblement vers le fond de moi-même.
[04.02.09]


Si tes yeux avaient la couleur de la nuit, je m'y noierais avec effroi. Mais au lieu de cela ils m'attirent, m'aspirent en s'abreuvant de mon image. Juste un vertige. Puis le néant. Je sombre si souvent ainsi au creux de ton regard. Et toujours ce sont tes bras qui me rattrapent, tes lèvres qui me guident de nouveau à la vie. S'il est possible de t'aimer, il doit être possible de vivre ; même ici.




  Tout en désirant gagner les profondeurs des montagnes, je suis
       poussé contre ma volonté vers les endroits où vivent les hommes.
  
Yoshikawa          
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Lundi 9 mars 2009 1 09 /03 /Mars /2009 20:07

   
    Je regardai les chiffres bleus qui clignotaient sur le petit écran de la minichaîne. 03:36 - Je calculai vite: encore une heure cinquante quatre. Je sentis mes muscles se tendre sous la couette. Je serrai les mâchoires fermement. Mon bras prenait de plus en plus de place et le reste de mon corps de moins en moins. Après quelques secondes, je n'étais plus réduite qu'à un bras qui m'envahissait, m'étouffait. Tous mes sens s'étaient concentrés en lui. Il me piquait, incrustait une brûlure intense dans mon esprit. Mais cet esprit n'existait déjà plus pour moi. Ou il existait à travers mon avant-bras, dans mon avant-bras. Et cette brûlure toujours plus profonde que pour rien du monde je n'aurais voulu sentir disparaître.
    Je serrai le poing jusqu'à m'enfoncer les ongles dans la paume. Jusqu'à sentir mon sang battre contre les parois. Jusqu'à sentir mon cœur même dans mon poing. A ce moment je le serrai encore plus. je t'étoufferai, sale petit cœur, je t'étoufferai! Tu ne seras plus rien. Un vieux chiffon, une loque. Maintenant que tu es entré dans mon poing, il ne reste plus qu'à te détacher de moi, qu'à me détacher de ce bras. Je retrouvais la conscience de mon corps. J'étais un être pourri de l'intérieur, allongé sur un lit, le cœur serré dans le poing. Sang.
    Je jetai un nouveau coup d’œil à la lumière bleu clair des chiffres. 03:40 - Je relâchai le poing. Et mon cœur. Je me forçai à fermer les yeux. Mais l'angoisse me soulevait les paupières. Je ne pouvais pas les garder fermés. Avoir conscience du noir derrière mes paupières. Les chiffres et la lumière qui éclairait le mur opposé me rassuraient. C'était le réel. Et même si le réel était tellement ignoble, au moins pour lui je savais à quoi m'attendre. J'avais de pauvres armes pour le combattre, mais je les avais. Je restai plusieurs minutes la tête levée, à fixer le mur bleui. Pauvre monde!... infâmes infinis.
    A force de le regarder, je trouvai de plus en plus d'intérêt à ce mur froid. Mes pensées s'échappaient au-delà, le comparaient au mur blafard de ma vie. Au point où j'étais arrivée un obstacle avait arrêté net tout espoir de continuer. Parfois je ne pouvais m'empêcher de me voir franchir l'obstacle malgré tout. Et ce mur bleu, éclairé par intermittence, je m'imaginai soudain le contourner, tout essayer. Mais quand, vu du dessus, je ne voyais qu'un mur aux limites bien définies, dès que je revenais à mon échelle je pouvais longer le mur pendant des heures sans jamais en trouver la fin. Finalement je décidais de me jeter contre lui. Je m'écrasais. Devant mes yeux un mur. Et une forme rouge au milieu qui suintait. Gouttes de sang. Sang. Sang.
    Je fermai les yeux en serrant les paupières le plus fort possible. J'avais mal. L'impression que mes yeux s'enfonçaient dans mes orbites. Je les rouvrit soudain et tournai la tête pour regarder l'heure. 03:57 -
    Je m'effondrai sur mon lit en enfonçant la tête dans l'oreiller. Puis je relevai tout de suite le buste et me retournai vers la minichaîne. 03:57 - 03:58 -
    Je replongeai dans mon oreiller, passai mes deux bras dessous et serrai, serrai. Fort. Je me mordais la lèvre inférieur et sentis soudain un goût de fer couler le long de mes dents, sous ma langue. Une goutte perla de mon palais dans ma gorge. Je déglutis.
    Je me relevai soudainement et avec le plus de force et de vitesse possible. Debout sur mon lit. Le corps illuminé chaque seconde par le bleu du temps qui défilait. Trop lentement. 04:03 - Je serrai le poing vivement et tendis mon bras droit devant moi. Boum. Ennemi K.O. Du vent! Je sentis mes yeux s'embuer et mes cils se mouillèrent. Je tombai assise, les bras enroulés autour de mes genoux, que mon menton avait heurté au passage. Je me mordis la langue de douleur. Foutu merdier! J’ouvrai les doigts lentement, les regardai. Puis les pliai et griffai consciencieusement mes tibias.
    Je sentais les marques de griffure me pénétrer en brûlant jusqu’à l’os. Une bonne chose de faite. Vous ne m’aurez pas! Je me détruirai avant! Un rire sadique inquiétant sortit de ma gorge, bouche fermée. Je m’arrêtai instantanément, surprise par l’angoisse que je provoquais en moi-même.
    Puis je m’assis en tailleur, calmement et me mis à chante à voix basse, doucement.
    Ma voix soudain se transforma. Elle devint rauque et les mots quasiment inintelligibles. « Abandon du mal aux feux carnassiers je trembles tu ris tu ris tu meurs je serre tu cries je serre tu ne cries plus je serre je lâche tu tombes. A terre. Je tombe. Encore plus bas. Je tombe. Encore plus bas. Je tombe. Tombe. Tombe. Tombe. Pierre. Tombe. »
    Le volume de mes mots décroissaient. J’en avais conscience mais ne pouvais rien pour faire réapparaître ma voix. Je m’accrochai désespérément à mes cheveux. Et tirai. Tu es trop conne! Tu es trop conne!
    J’avais l’impression que le monde entier me regardait devenir folle sans détourner les yeux. Et moi. Et moi j’étais assez aveugle pour ne pas les voir. Je criais à l’intérieur de moi.  Je criais fort. A m’en éclater les tympans. Rien ne sortait pourtant.
    Je redressai la tête et me remis debout à une vitesse impressionnante, face à la source de lumière. 04:21 - Encore une heure neuf. Je regardais mon bras gauche et la goutte incolore aux reflets bleutés qui brillait sur une ancienne marque devenue blanche avec le temps. Une seconde vint la rejoindre. Je relevai la tête encore une fois et tentai de distinguer les chiffres à travers mes larmes.  Mon bras me brûlait. 04:22 -
    Je m’effondrai de nouveau. Comme un être sans vie qui n’a pas peur de la chute, le corps abandonné. Les pieds de chaque côté de l’oreiller et la tête aux pieds du lit. Après avoir sangloté quelques temps qui me parurent des heures, ma douleur s’en fut.
    Je m’éveillai avec la sensation jouissante d’avoir dormi très longtemps et d’un profond sommeil nettoyeur. Mon regard se porta sur le mur éclairé fortement par intermittence, ce qui me fit prendre conscience de la noirceur encore étouffante de la chambre. Déjà gagnée par l’angoisse  opprimante, je portai les mains à ma gorge comme si une poigne la serrai et tournai le plus lentement possible ma tête au cadran de la minichaîne. 04:49 - De rage serrai mes doigts sans même remarquer l’endroit plutôt stratégique où ils s’étaient placés d’eux-mêmes. A moment où je m’en rendis compte, mes yeux se flouaient déjà et des vrombissements inquiétants commençaient à torturer l’arrière de ma tête qui s’alourdissait.
    « Noooon. »  Le semblant de voix encore rauque qui était sorti de mon fond de gorge me rendit mes esprits. Je lâchai la pression instantanément et posai mes paumes à plat sur le drap. Je pensai: Si vous ne vous tenez pas sage, je vous couperai. Une chansonnette commença alors à s’insinuer par les coins perméables de mon esprit. Je vous couperai, je vous couperai. A la hache ou à la scie? Je vous couperai, je vous couperai. Laissez donc moi le temps de réfléchir. Et je trouverai. Je vous couperai, je vous couperai. Je tentai de repousser les bris de parole qui me venaient, en vain. Ils s’accrochaient. A la moindre fissure de mon esprit. Et il en était très pourvu. Trop. Une pensée vint alors percuter les précédentes. Mon esprit était pareil aux surfaces de mon corps. Strié de lignes et de coupures transversales qui cicatrisaient plus ou moins. Aucune ne se ressemblaient mais toutes provenaient de la même souffrance de vie. Mon esprit était cassé, fissuré de la même façon. C’était le seul lien valable que j’avais trouvé jusque là entre eux. Un sourire de fierté parcourut mes lèvres. Il resta  longtemps ainsi figé sur mon visage, mon regard plongé dans la source de lumière sans y voir l’heure affichée. Exactement comme ces poissons aveugles des eaux profondes attirés par leurs prédateurs grâce à la lumière. Je pris soudain conscience de l’air de stupidité que j’affichais. Celui de l’idiot heureux qui n’a pas connaissance des souffrances de l’homme. Je fermai tout de suite mon visage par l’air grave et réfléchi - trop réfléchi, presque effrayant de violence - que je prenais à l’extérieur. Non, personne ne saurait ce qu’était mon vrai visage. Pas même l’ombre de ma chambre. Personne ne me connaîtrai comme je l’étais réellement! Et puis, de toute façon, là où on en était… Je n’étais plus que ce que je montrais chaque jour au reste du monde. J’avais perdu mon intégrité des débuts pour me transformer même de l’intérieur en l’image que je donnais habituellement à voir, à manger en pâture à tous ces chiens!…
    Le désespoir me prit d’un coup. J’étais vieille. A l’intérieur. J’avais laissé passer ma vie, je l’avais lâchée comme une proie aux autres. Ils en avaient fait de la charpie! Ces cons! Salauds! J’agrippai mes longs cheveux noirs et tirai. « Quelle conne tu fais! Quelle conne! Mais quelle conne! C’est ta faute! Tout est de ta faute! Noon… Tu t’es tuée toute seule, espèce d’ordure! Tu t’es étouffée. C’est toi qui t’es tenue seule la tête dans l’eau, et qui te l’es enfoncée plus au fond lorsqu’un réflexe te la faisait relevée pour prendre encore une bouchée d’air. Tu t’es asphyxiée. Toi seule! Toi seule! »
    Je faisais non de la tête frénétiquement. Mon corps entier tremblait. De froid, de chaud, de peur, de sueur, de fureur, d’étouffement. Des gouttes de sueur perlaient de mon front et coulaient le long de mes joues lisses. Je regardais mes mains. Lisses. Longues. Fines. Belles. Mais j’en étais persuadée: j’étais vieille. Tellement vieille à l’intérieur de moi. Fripée. Foutue. Extérieurement, mon corps ne dépassait pas dix-huit ans. Ou dix-neuf. Je venais de fêter les premiers. Mais mon esprit lui n’était plus sondable. Et j’avais tout gâché. Je m’étais gâchée. L’image de mes mains se brouillait devant mes yeux. Elle changeait peu à peu. Mes mains s’ouvrirent et saignaient, saignaient, saignaient. A vif.
    Comme moi à cet instant.
    Je lâchai ma tête et la laissai délibérément cogner le mur qui bordait mon lit. Puis mes mains allèrent s’accrocher aux aspérités, mes doigts s’agrippèrent désespérément au crépit et j’abattis mes deux mains lentement, râpant chacun de mes doigts et mes paumes. La douleur me délivrait. Elle faisait sortir toute la rage et le dégoût de moi-même que mon corps renfermait. Puis je me collai au mur et râpai mes avant-bras et mon ventre. Incision de la poche d’infection pour en faire sortir le pus. De douleur et de rage je cognai de nouveau mon front au mur avec élan. Et encore. Mes mains se collèrent alors très vite à ma tête: j’avais l’impression d’avoir le crâne fendu en deux.
    Je réglai la lumière à très faible volume. Et allai inspecter mon front dans la glace. Rien. Aucune égratignure. Pas même l’hématome violet impressionnant qui avait un jour orné mon front suite à une même action. Je grimaçai de dépit. Les larmes me vinrent même aux yeux. Je cognai alors violemment la glace. Mes phalanges souffrirent. Je souris. La douleur prouvait que j’étais encore un être humain. Vivant. Doté de souffrance. A qui on ne pouvait pas tout faire, sous peine de réactions. Au moins de réactions du corps. La douleur. Quel bien fou vu ainsi!
    Je revins à mon lit, me mis debout dessus et levai les bras le plus haut possible. Avec la sensation de toucher le ciel. Puis brusquement je donnai deux coups de poing dans le vide de chaque côté de mon corps. Tiens! Et tiens!
    Une pensée resurgit alors dans mon esprit et je portai vite mon regard au cadran. 05:23 -
    Je soufflai bruyamment par le nez pour me calmer. Mais ce n’eut que l’effet inverse. « Bientôt… »
    Je me crispai alors entièrement et me laissai tomber en arrière. En étoile, les yeux vers le plafond. Je respirais lentement. Bientôt… sept minutes. Sept petites minutes! Je jetai un nouveau coup d’œil aux chiffres bleus clignotants et revint au plafond, un sourire triomphant sur les lèvres. Six minutes!
    Je levai lentement le bras devant mes yeux. Le bras gauche. Je respirais maintenant très faiblement. J’entendais la voix m’appeler. Non. Pas encore. Je tournai la tête de nouveau. 05:25 - Je soupirai un grand coup. Et étalai mes bras de chaque côté de mon corps. Cependant le gauche revint se planter devant mes yeux, rejoint tout de suite par le droit. Je saisi mon poignet gauche vivement,  violemment. Et serrai. Serrai. Toujours plus fort. Le point gauche tout aussi crispé que le droit. Je sentais de nouveau le sang battre aux parois. Et de nouveau mon cœur battre dans mon poing.
    Je ne résistai plus et me jetai sur la lame posée sur l’étagère près du lit. Avec un plaisir infini, j’entamai alors la peau encore vierge et douce de mon poignet gauche en prenant garde de ne pas toucher aux veines. Après un moment je n’y prêtai plus attention et taillai. Simplement. Portée par la délivrance. Un sourire figé sur les lèvres et des larmes fines perlant de mes cils. Je m’en remettais à la chance.
    Soudain prise d’un brusque sursaut, je retrouvai brusquement la notion de réalité et lâchai l’arme avec dégoût. L’écran affichait 05:29 - Je n’avais pas tenu. Être insensible et qui ne méritait la confiance de personne. Surtout pas la sienne! J’avais promis. L’attendre. Je lui avais promis. Et des traînées rouges zébraient maintenant mon avant-bras. Les gouttes s’égrenaient sur le plancher. Je ne sentais même plus l’heureuse euphorie du plaisir carnassier. Je m’écroulai par terre et vomit. Un cri sortit enfin de ma gorge enrouée. J’éclatai en sanglots alors que le bruit d’une clé que l’on tournait dans la serrure me parvint.

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Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 21:23

 

 

     J'ai levé doucement la tête et ai tenté de deviner les chiffres bleus et clignotants sur le petit écran de la minichaîne. A travers des larmes de sommeil. A ce moment j'avais entendu le bourdonnement rassurant et portecteur du chauffage qui reprennait ses droits sur la maison endormie. Il était cinq heures du matin. Bien trop tôt encore, donc, pour pour se lever comme je l'aurais fait sinon. Il n'y a que ça. Que cette solution. Je m'agite, je m'occupe les mains et l'esprit dès que l'idée de toi me vient. Je suis même devenue experte. Je la sens venir de loin, l'idée. Si tu avais été si repérable que ton idée... Ca fait déjà des mois. Les calculs veulent tous prouver que non. D'après eux, seulement vingt jours. Mais je ne les crois pas. Il y a erreur. Enfin! Je sais bien,moi, que ça fait plus longtemps!
    Mes yeux passent à travers le plafond ; ils le regardent sans le voir, le dépassent aisément dans l'obscurité de ma chambre pour aller jusqu'à toi. Toi... Merde bon sang! Je suis seule! Seule! Il faudra bien m'y habituer pourtant! Il faudrait bien.
    05:30_ Je le sais sans même baisser les yeux: une lumière bleu néon a soudain illuminé ma chambre. Comme à chaque demie-heure. Le plafond brutalement éclairé me revient en pleine face à une vitesse effrayante. Il arrête mon regard comme un mur de béton. Alors je le regarde, je le scrute, l'inspecte. "Il cèdera". Mais les murs de béton ne cèdent pas aux regards, apparemment. Sur le dos. Immobile. Les yeux fixés au plafond de la chambre. Même dans le noir, maintenant, qui a repris ses droits. Manteau feutré. Obscurité palpable. Et toi...
    Soudain, d'un mouvement brusque, je me lève à demi et enserre le vide dans mes bras. Le plus fort possible. Mes deux bras se touchent. Se serrent. Il n'y a plus l'espace de rien entre eux. Plus l'espace pour rien. Pour personne. Je prends soudain conscience que je t'ai perdu. Perdu. Je ne sais déjà plus ce que veut dire ce mot. Il faisait partie de mon vocabulaire pendant des années, j'ai eu une illumination brutale et puis plus rien. Le noir complet, absolu. Perdu? Je ne savais plus. Et je restais dans la même position, le buste à demi levé du matelas à ne tenir rien dans mes bras. Puisque rien n'y rentrait plus. Pas même le vide. Je voulais... Quand je te serrais comme ça, tu te souviens, le plus fort possible. Tu n'avais pas mal, bien sûr, je n'avais pas ta force. Et je t'enserrais contre moi. Tu étais à moi. Et là plus rien. Juste mes bras. Et mon pauvre corps perdu comme une loque qui s'enlace tout seul.
    Je retombai lourdement sur l'oreiller. Des yeux toujours secs. Des bras toujours vides. Tu avais dû tout prendre. Ou tout garder.
    06:30_ La maison s'éveillait. Un rayon joyeux et frais vint s'engouffrer par la fenêtre dont j'avais oublié de fermer les volets la veille. Les radiateurs commençaient à craquer. J'entendis distinctement le grincement de la cabine de douche qui s'ouvrait à l'étage au-dessus. Et cette même douche qui coulât pendant des heures alors que je naviguais dans la solitude ; pauvre corps seul qui dépourvu, agonisait.

 

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Dimanche 1 mars 2009 7 01 /03 /Mars /2009 21:57
    Toute chose pour tenir en l'air doit être soutenue par au moins trois pieds. Un lit en a souvent même quatre. Le mien est tout à fait normal en apparence... mais seulement en apparence! En effet, si l'on plie les genoux une fois placé à côté du bord du lit et qu'on baisse la tête de manière à pouvoir inspecter l'espace sous ce lit - il est d'ailleurs conseillé d'emporter pour cette expédition une lampe de poche car, d'une hauteur peu élevée (environ dix centimètres), il y fait très sombre ainsi que de porter un masque à gaz pour éviter de se boucher entièrement les bronches d'énormes moutons de poussière (mort ignobe et, entre nous, tout à fait ridicule) - si donc on on inspecte le dessuous de ce lit, on y apercevra un pied, en trop. Un pied qui n'a aucun sens, placé au centre même du lit et plus court que les autres. Un pied moche qui plus est: alors que les quates autres sont bien porporement teints d'une belle couleur foncée, lui se dresse là, tout brut, tout nu.
Ah si! Il existe une seconde manière de repérer cet intru: sa présence est en effet particulièrement bruyante. Comme il ne touche pas le sol lorsque le lit est en état de repos,dès qu'à l'invers JE suis me place en position de repos, il le heurte violemment, provoquant ainsi la prise de conscience chez tous les habitants de la maison que quelqu'un s'est appuyé au centre de mon lit! je ne vous ferais pas le plaisir d'écrire la suite de cette histoire...


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Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 23:10

Elle l'aperçut alors qu'il passait, pressé, à quelques mètres d'elle sans la voir.
_ Hé Joachim!
Il ne l'entendit pas. Elle le rappela, plus fort. Il tourna la tête vivement puis vint vers elle, traînant avec lui son éternelle démarche de celui qui n'est pas surpris le moinds du monde. Elle eut intérieurement un rire attendri et son coeur bondit en un bref sursaut vers ce garçon-là, presque apeuré, qui s'approchait. Un tout mince sourire étira brièvement ses lèvres alors que ses yeux le regardaient presque avec pitié. Quel gamin, quand même... Il ne sentit pas cet élan d'affection qui surgissait sur lui à l'instant. Mais il perçut très bien ses grands yeux noirs rieurs qui le regardaient, protecteurs comme ceux d'une mère, et qui l'engloutissaient. Il s'y noya.
_ Salut.
_ Viens t'asseoir!
_ Nan nan, je suis pressé, j'ai un rendez-vous.
Camille fronça légèrement les sourcils, juste comme elle le faisait, avant, pour qu'il cède. Mais c'était avant. Cependant ce ton, si familier il y avait un peu plus d'un an, lui revint soudain. Et lui se laissa emporter.
_ Il est à quelle heure, ton rendez-vous?
_ Ben... dans une heure et demi.
_ Oh! Tu as bien le temps de boire quelques chose avec moi. Ca fait tellement longtemps qu'on a pas parlé.
Il s'assit après avoir jeté un coup d'oeil à sa montre.
_ Tu veux boire quelque chose? lui demanda Camille.
_ Un café.
Elle appela la serveuse qui passait entre les tables à quelques pas et commanda deux cafés. Au bout d'un moment, Joachim leva les yeux vers elle. Il soupira un grand coup et se lança.
_ Ouais...
Elle eut un petit rire d'attendrissement, encore un. Et il se renfrogna.
Lorsque la serveuse apporta les cafés, Camille tapota nerveusement trois petits coups brefs sur sa tasse avec le dos de sa cuiller et le regarda finalement droit dans les yeux:
_ Alors, qu'est-ce que tu deviens?
Il sembla réfléchir, le regard plongé dans son café pour éviter celui, inquisiteur, de Camille. A plusieurs moments celle-ci crut qu'il allait parler. Finalement il pinça les lèvres et eut un petit sourire, comme une excuse timide sur sa joue.
_ Non. Non, Camille. Je suis désolé. C'est pas ce dont j'aimerais parler avec toi.
_ Ah? Tu voudrais parler de quoi?
Il était pris au piège.
_ Je... Je sais pas. Aucune idée. mais pas de ça.
Elle haussa les épaules, déçue. Une pointe de jalousie du secret inconnu dans sa voix, secret que peut-être une autre connaissait -sûrement même, il ne pouvait pas en être autrement, sinon il le lui aurait dis, tu penses!-, elle lui affirma que ça n'avait aucune importance. Que de toute façon, c'était sa vie. Qu'il avait le droit d'avoir ses secrets. Qu'elle avait bien eu les siens! Il fit la moue et la regarda s'agiter. Il n'était pas dupe: il la connaissait. Pour ça, elle n'était pas originale, du reste. La plupart des filles étaient ainsi. Il la suivait du regard, suivait ses mains qui couraient dans les airs à toute vitesse, dévorait son beau regard, ses joues un peu roses mordues par le froid de cette fin de matinée claire, jetait parfois un oeil sur la naissance de sa poitrine et détournait vite les yeux vers son visage, ses lèvres, ses yeux de nouveau, pour faire celui qui l'écoutait. Puis son cou enfin ; il devinait son épaule, la revoyait en pensées. Et le petit grain de beauté qu'elle avait au centre de l'épaule, juste au milieu, à cet endroit précis qui n'était pas encore le bras. Ou peut-être que si, finalement, il était sur le bras. Ou en avait-elle deux? Il ne savait plus. Les souvenirs filaient entre ses poings fermés qui cherchaient vainement à les rattraper. Il les serrait tellement fort, ses doigts, en la regardant, que ses jointures en étaient meurtries. Puis d'autres images se substituaient aux premières. Il voyait ses courbes, son ventre caramel, si doux... Il ne devait pas y penser! Et il revenait sagement à ces yeux qui le rendaient plus fou.
Elle, de son côté, divaguait, lui racontait sa vie. Sa vie sans lui. Sa vie avec l'autre. Ce bout de vie qu'il ne connaissait plus d'elle. Au début elle s'était arrêtée, plusieurs fois, atterrée, accaparée par le remord de lui en avoir tant dit. Puis elle avait compris que de toute façon il n'écoutait pas et continait à se vider de tous ces mois de peine. De bonheur aussi. De bonheur un peu. De ses fêtes avec ses amis débiles d'où il ne revenait pas. Ou très peu. De ses drogues. De ses cachets qu'elle retrouvait sous le lit... Et puis de ses nuits seule. De ses bras striés. De ses pensées, à elle, qui n'allaient jamais à lui, Joachim. -Hein, plus jamais! Non.- Mais de ses rêves où il était omniprésent. De tout ce bourbier moite où elle s'enfonçait. De ses études qu'elle avait dû arrêter.
Il sembla soudain reprendre conscience de ce qu'elle disait:
_ Quoi? Tu as arrêter tes études?
Elle regarda le pavé sous le guéridon pour ne pas croiser son regard coléreux. Mais finalement elle leva vivement les yeux vers les siens comme s'interdisant de revenir en arrière et lâcha tout simplement, c'était une évidence:
_ Ben ouais. Je devais travailler. Bosser. Pour lui payer ses choses, tu sais...
Joachim fronça les sourcils et esquissa un mouvement d'incompréhension.
_ Oh tu sais, c'est pas grave! C'est pas important. Laisse tomber ça.
_ Camille tu dois continuer tes études!
_ C'est du passé.
_ Non ce n'est pas du passé! Pas encore! Tu ne peux pas te faire ça! Tu n'as pas le droit!
Elle lui sourit, impuissante. Soupira, puis repris en enchaînant:
_ Et toi? Tu disais que tu avais un rendez-vous. C'est pour quoi?
_ Entretien d'embauche. Et tu vis toujours là-bas?
_ Oui. A l'appart.
_ Et lui?
_ Aucune idée. Ca fait un mois qu je l'ai pas vu. Il est pas rentré.
_ Ah.
Camille regarda sa montre.
_ Ca fait une heure qu'on discute, hein...
_ Ouais ouais.
_ C'est à côté?
Il ne lui répondit pas mais continua à la regarder fixement. Gênée, elle lui sourit d'une manière qui lui parût soudain très ridicule et cessa vivement. Joachim protesta:
_ Oh... Pourquoi tu t'acharnes à rester impassible? Au dessus de tout... J'aime quand tu souris.
Elle rit. Pencha la tête sur le côté, la joue dans sa main, et le contempla longuement. Lui, après un moment, sortit son portable. Les touches qu'il composa résonnèrent sourdement, un peu étouffées par l'air glacial de décemnbre.
"Bonjour je suis Joachim M., j'avais rendez-vous à onze heure et demi... Oui... Non... Voilà, je ne viendrai pas... Oui, je suis sûr... Bien sûr, je sais... Au revoir."
Camille avait fait toute sorte de gestes silencieux des mains et de la bouche pour lui signifier qu'il ne devait surtout pas annuler cet entretien. Il rit lorsqu'il raccrocha, la voyant toute dépitée. Puis il se leva, lui tendit la main -qu'elle prit- et l'entraîna.

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Dimanche 7 décembre 2008 7 07 /12 /Déc /2008 00:15

 

[samedi 8 décembre 07]


La neige froide et belle est venue doucement m'éveiller en songe ce matin. Ce silence. C'est lui je le sais qui m'a alerté. Ce silence de bruits atténués, comme étouffés par cette blancheur éclatante.. Ce merveilleux silence. Oh..souviens-toi de ce remuement lorsque ses lèvres chaudes se pressèrent sur les tiennes. Oh! Souviens-toi! De ce silence blanc pur. C'est d'un silence semblable que j'étais entourée ce matin parmi les grands conifères aux bras poudrés. Cette même surdité, mais sans le moindre remuement intérieur. Le coeur comme ouvert dans une paix grandiose et simple..

Aucun écho à mon appel. Une matière invisible que pour rien au monde je n'aurais brisée.

 

Je me sentais comme dépouillée, nue devant un millier de regards. Des regards célestes. Les regards de la neige; les regards des grands pins.. Et ce n'était pas suffisant. J'avais envie de me rendre. J'avais envie de me donner tout entière. J'écartai les bras, me tendis vers le ciel blanc du jour qui commençait à naître. J'avais soif de vie, soif d'amour. Je voulais ne faire qu'un avec ce beau silence. Ce silence fort, viril.. et doux. Doux comme cette neige qui effleurait mes pieds. Doux comme cet air frais et chaud qui me caressait. je voulais mourir là... En cet instant.
J'aurais voulu que chaque flocon qui touchait mon front me fisse chuter à terre. J'aurais voulu que la neige immaculée garde à tout jamais l'empreinte de mon corps. Qu'elle me recouvre de son frais manteau comme une mère. Et que là, dans ses bras duveteux je m'endorme..
Je voulais mourir là; et je voulais vivre, concerter toute ma vie pour respirer encore cet air pur et chargé d'amour..., de silence profond.
Les larmes coulaient de mes paupières closes.
Mais la lune, déjà, s'effaçait. Et déjà le dernier flocon se posait. Déjà le tintement clair du ruisseau qui coulait en contrebas scintilla à mon oreille.
Déjà je m'avançais, au bord de la falaise, par un matin de décembre brumeux.


     

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